Un expert, pour quoi faire ?
Une habitation en construction. Au moment de la réception des locaux, vous pouvez prendre conseil auprès d'un expert.
30/09/2007
Estimation immobilière ou conseil avant acquisition et travaux, vous pouvez avoir affaire à un expert. Dans le cas d'un sinistre ou d'une expertise judiciaire, ce professionnel est là aussi. Mais alors, sa position et la vôtre diffèrent. Lille, quartier Vauban, une résidence récente, construite en 2003. Au dernier étage d'un des bâtiments en coeur d'îlot, Christian est propriétaire d'un grand deux-pièces lumineux : 56 m² au sol et 4 m² de terrasse fermée. Même de surface réduite, cet espace extérieur est agréable et toujours recherché en ville par des locataires ou de futurs acquéreurs. Ici, cependant, la petite terrasse cause à son propriétaire bien des soucis depuis l'origine. Fin 2004, par courrier au promoteur, Christian fait le point sur l'achèvement de travaux suite à des réserves initiales ; il signale également un étrange soulèvement du parquet du séjour, à l'angle de la terrasse. Le promoteur ne répondra pas mais le syndic de copropriété prend en charge le dossier et effectue une déclaration de sinistre " Dommages-Ouvrage " à la mi-août 2005. L'expert missionné par la compagnie d'assurances du constructeur conclut à une " très légère déformation " sans présence d'humidité et demande l'amélioration du calfeutrement entre la porte-fenêtre et le gros oeuvre. Enfin, il préconise une " mise en observation " du phénomène.
D'une expertise à l'autre
Septembre 2007. Christian a eu tout le temps d'observer la déformation de son parquet flottant... qui flotte réellement. Entre temps, l'expert a organisé deux réunions dans l'appartement en mai 2006 et en avril 2007. De la première a découlé la pose d'une gouttière et d'un conduit sur la terrasse pour recueillir les eaux de ruissellement. Dans son troisième rapport, l'expert constate que des infiltrations entraînant de nouvelles déformations sont liées à un défaut d'étanchéité dans la salle de bain. D'ordre privatif, cette cause ne sera pas couverte dans le cadre des garanties du contrat " Dommages- Ouvrage ". Au total, Christian n'a rien payé pour les travaux sur sa terrasse. Mais, le remplacement de son parquet est aujourd'hui devenu nécessaire. La moitié des frais est prise en charge par la garantie " D.O. ". Pour le reste, Christian vient de se retourner vers son assureur au titre de son contrat Habitation. Il a rapidement été contacté par un nouvel expert... qui doit rendre ses conclusions à la compagnie qui lui a confié cette mission. Du côté du syndic de copropriété, Emmanuel D'Urzo, de Foncia Buat, résume : " L'expert convoque les différentes parties, recherche les causes, évalue les responsabilités et chiffre les dommages ". Une mission, on l'aura compris, effectuée dans tous les cas pour le compte d'une compagnie d'assurances. Donc, une expertise d'assureur. Dans ce dossier, le propriétaire a assisté aux réunions en simple témoin. En aucun cas, il n'a à rémunérer l'expert.
Faire appel à un conseil
Les activités de Francis Debreu, gérant de la société Argus & Habitat et par ailleurs expert près la cour d'appel de Douai, se situent, elles, dans un autre cadre. Hormis les cas où il est appelé à agir pour une expertise judiciaire (voir notre entretien ci-contre avec Philippe Descampiaux), il répond à une demande d'un client, particulier ou professionnel. Ses domaines de compétence ? " Le gros oeuvre, l'étanchéité et la menuiserie ". Ainsi, Francis Debreu peut assister un particulier qui réceptionne sa construction neuve. Vous envisagez, au contraire, l'acquisition d'une maison ancienne ? L'expert vous donnera son avis sur telle fissure ou sur votre budget travaux. Il analysera pour vous le devis d'une entreprise, en s'interrogeant sur les délais d'exécution, sur le respect de la réglementation en matière de conformité. " à charge pour le client de se retourner ensuite vers le professionnel : agent immobilier, notaire ou entrepreneur. " Au quotidien, cet expert n'effectue donc aucune mission à caractère réglementaire. Sa démarche est préventive. Et ses délais d'intervention sont alors plus rapides que dans l'instruction de dossiers judiciaires où il a lui-même connu des affaires qui durent dix ans.
CHRISTOPHE DRUGY / La Voix du Nord