Construction durable: des normes insuffisantes?


25/10/2007


Bâtiment et environnement ne font pas toujours bon ménage. Le secteur immobilier, en France, est responsable de 21 % des émissions de CO2, 43 % de la consommation d'énergie et de plus de 5 % des déchets.
Pourtant, il existe des techniques de construction nouvelles et éprouvées qui pourraient permettre de réduire considérablement l'addition. Un effort sur le seul bâtiment permettrait, à terme, d'atteindre trois fois les objectifs fixés par le protocole de Kyoto ! Mais la construction durable, jusqu'à présent, ne fait pas recette.
Depuis 1980, il existe en France une réglementation destinée à limiter ces dépenses, à économiser l'énergie. Et ça marche, puisqu'au fil des réglementations, la consommation énergétique des bâtiments neufs a baissé de plus de 50 %. Depuis le 1er septembre 2006, c'est la réglementation thermique 2005 (RT 2005) qui est en vigueur et qui encadre les dépenses énergétiques dans la construction. Pour construire un bâtiment, il faut donc respecter des normes en terme de type de chauffage, de ventilation ou de choix des matériaux utilisés. Sont également pris en compte les outils de construction bio-climatique et l'utilisation des énergies renouvelables.
La RT 2005 tente également de mettre en place des labels de performance énergétique. L'objectif étant de parvenir à construire des bâtiments qui dépensent moins d'énergie pour une amélioration de la performance énergétique de la construction d'au moins 15 %, avec un objectif à 40 % d'ici 2020. Les bâtiments consomment aujourd'hui en moyenne entre 80 et 250 kWh/m² (même en respectant la réglementation thermique). Il faudrait parvenir, d'ici 2020, à la réalisation de bâtiments neufs consommant moins de 50kWh/m² et permettre la rénovation banalisée de bâtiments avec une performance énergétique la plus proche possible de celle des bâtiments neufs. Le Grenelle de l'environnement pourrait d'ailleurs donner un grand coup de turbo à ces échéances.

"La voiture balai"
Dans la région, on n'a pas attendu le "Grenelle" pour prendre conscience de la situation. Pour Alain Lucas, animateur du réseau régional des acteurs de l'éco-construction au CD2e (Création développement d'éco-entreprises), ces efforts sont louables, mais "la RT 2005, c'est la voiture balai".
Des mesures certes nécessaires mais loin d'être suffisantes. Pour lui l'éco-construction doit concentrer son effort sur trois points : la réalisation de maisons passives (qui consomment moins de 20kWh/m²), la limitation des dépenses énergétiques dans la fabrication des matériaux et l'aspect sanitaire (la qualité de l'air intérieur notamment).
Des initiatives se développent également pour devancer l'appel et parvenir rapidement à des constructions qui respectent l'environnement et qui limitent les dépenses énergétiques.
C'est le cas à la Fédération française du bâtiment Nord - Pas-de-Calais qui a lancé cette année le projet Villavenir. L'objectif est de présenter, à Loos-en-Gohelle d'ici fin 2008 et à Lambersart d'ici à 2010, ce qui est réalisable en terme de techniques nouvelles, d'isolation et d'économie d'énergie.
"Dans la région, la RT 2005 préconise 130kwh/m², nous allons beaucoup plus bas. On veut montrer que c'est possible mais on est également conscient que c'est une révolution significative des métiers du bâtiment. De nouveaux gestes et de nouvelles compétences liés à la maîtrise de l'isolation, des entrées d'air, des ponts thermiques... apparaissent. Et la formation est encore très peu développée à ce niveau" explique Patrick Leblanc délégué au développement durable de la Fédération du bâtiment Nord - Pas-de-Calais.
Ce projet modèle permettra donc de montrer à tout le monde qu'il est possible de construire "durable" et esquissera l'avenir du bâtiment. Histoire de prouver, s'il en était besoin, le dynamisme et le rôle pionnier de la région dans l'éco-construction.

Des crédits d'impôt en faveur du développement durable



Le Nord-Pas-De-Calais pionnier de l'éco construction

En matière d'éco-construction, la région Nord-Pas-de-Calais n'est pas en retard. Avec l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) en fer de lance, ce sont près de 150 projets qui ont été réalisés sur les 600 recensés au niveau national. Des projets de logements, mais aussi d'établissements scolaires ou d'équipements publics...
Il faut maintenant que les relais s'opèrent et que tous les acteurs de la construction jouent le jeu. "Il y a une double logique. D'un côté, des constructeurs qui disent qu'il n'y a pas assez de demandes, de l'autre des particuliers qui n'arrivent pas à trouver d'artisans qui travaillent avec les éco-matériaux", explique Annick Delannoy de l'Ademe.
Mais s'il reste encore des difficultés, notamment dans la formation des artisans à l'utilisation de ces nouveaux éco-matériaux, les choses sont en train de bouger et les initiatives se multiplient."Au-delà de l'aspect écologique, il y a un aspect économique. Les gens aujourd'hui sont de plus en plus attentifs à la possibilité de réduire leurs coûts de chauffage, par exemple", ajoute Annick Delannoy. "Maintenant, il y a des projets d'éco-quartiers qui se développent, des initiatives individuelles. L'Ademe ne peut plus accompagner tous ces projets, il y en a beaucoup trop. Notre travail va aussi consister maintenant à recenser ces projets, à identifier ces réalisations."
Si les différentes initiatives et leur précocité font de la région un pionnier de l'écoconstruction, il est pourtant difficile de comptabiliser les réalisations écologiques, même si tous les projets de construction sont soumis à la réglementation thermique 2005.
La tâche est rendue encore plus ardue par la difficulté de mettre en place un label, une certification. Certes, il existe la certification HQE (haute qualité environnementale) articulée autour de quatorze critères, mais ceux-ci peuvent encore évoluer. Les réglementations thermiques successives essayent également de mettre en place des labels écologiques, mais pour l'instant, tout est encore à définir. La nécessité de prendre en compte une multitude de facteurs ne simplifie pas le travail. Mais pour Alain Lucas, animateur du réseau régional des acteurs de l'éco-construction au CD2e, l'écoconstruction est sur de bons rails. "Au-delà d'un effet de mode, j'ai l'impression qu'il y a aujourd'hui une véritable volonté de revenir à un aspect naturel. Même pour la santé, on commence à avoir des retours au niveau épidémiologie. Le programme européen de recensement des substances chimiques REACH va également dans ce sens."
Indéniablement, la prise en compte de la qualité de l'air dans la construction d'un logement aura des répercussions positives sur la santé. Mais quid des répercussions financières ? Alain Lucas refuse d'en faire une affaire d'argent. "Il faut avoir une perspective globale de prise en compte des énergies. à terme, le prix des énergies va augmenter et on ne pourra plus dire que l'éco-construction, c'est plus cher. C'est vrai qu'il y a un surcoût de 5 à 6 % par rapport aux opérations de base mais les performances thermiques ont parfois dépassé l'ambition des projets. La planète n'est pas une entreprise, les incidences ne sont pas les mêmes, il y a un capital environnemental à préserver. Ce n'est pas juste une logique gestionnaire."
Un surcoût nécessaire en somme, qui pourrait se réduire à mesure que les éco-matériaux se démocratisent.
Vivre dans une région où une majorité de logements consommerait moins de 50Kwh/m² est une chose. Le défi est aussi ailleurs puisqu'au-delà de la construction de maisons à faible consommation, se pose le problème de la réhabilitation des logements anciens extrêmement voraces, eux, en énergie.

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