La maison passive passée au crible

Publié le 13 Octobre 2014

Promettant de vous chauffer sans impacter votre portefeuille, la maison passive a déjà séduit un millier de Français. Zoom sur une construction d’avenir.

Depuis le premier janvier 2013, la réglementation thermique, dite RT 2012, impose à toute nouvelle construction de respecter des normes destinées à limiter la consommation d’énergie. L’objectif est de réduire la facture annuelle de chauffage des Français (qui est en moyenne de 900 €) à 250 €. Et le gouvernement annonce déjà, à l’horizon 2020, un prochain plan, dont l’ambition sera d’abaisser la consommation à… zéro ! Un tel habitat, qui est chauffé sans consommer d’énergie, existe déjà : c’est la maison passive. On en compte un millier en France.

Passive mais intelligente
Pourquoi cette maison est-elle qualifiée de passive ? Parce qu’elle ne fait aucun effort pour produire de la chaleur ! Autrement dit, elle se contente intelligemment de récupérer et de recycler les degrés ambiants. 
Son concept est simple : la chaleur dégagée par le « ventre » de la maison (les occupants du logement, les appareils électriques qui, comme les fours, font monter la température) et celle apportée par les « yeux » de la maison (les baies vitrées par où le soleil communique sa chaleureuse lumière) suffisent à chauffer l’habitation. En théorie et dans le meilleur des mondes, la consommation d’une maison passive est réduite à zéro. En pratique, il y a toujours besoin d’un petit chauffage d’appoint. Mais juste un poil : une maison passive est trois fois moins gourmande qu’une maison RT 2012. Du coup, la facture n’excède jamais 10 € par mois.
 
Un surcoût de 20 %
Pour obtenir un tel résultat, la maison passive doit répondre à de nombreuses exigences : une isolation renforcée des façades, des fenêtres à triple vitrage, une double ventilation qui permet à l’air sortant de chauffer l’air entrant, une architecture et une orientation destinées à tirer un profit maximum de l’ensoleillement, une excellente étanchéité à l’air extérieur et l’emploi de matériaux adaptés. Par exemple, 80 % des maisons passives ont une ossature en bois. Il est même possible, pour faire plus d’économies, de récupérer la chaleur des eaux usées par les lave-vaisselle, lave-linge, lavabos et autres douches.
 
Bien évidemment, ces équipements ont un coût. En moyenne, il est estimé qu’à l’achat, une maison passive revient 20 % plus cher qu’une habitation classique. Alors, à l’heure où la législation impose déjà la maison « basse consommation », est-il intéressant, pour diminuer encore davantage sa facture de chauffage, d’opter pour une « maison passive » ? D’un point de vue purement comptable, on peut en douter dans la mesure où la durée d’amortissement de votre bien sera plus longue pour une maison passive. Néanmoins, après ce laps de temps, le gain financier issu des économies d’énergie réalisées sera plus important.
 
> À noter : Le gouvernement accorde des aides financières en faveur des économies d’énergie dans les logements neufs.
 
La preuve par le calcul
> Les économies d’énergie espérées : la maison « basse consommation » issue de la RT 2012 promet 650 € de gains annuels, contre 900 € avec la maison passive.
> La durée d’amortissement : l’achat d’une maison basse consommation entraîne un surcoût de 10 % ; un bien d’une valeur de 200 000 € revient donc à 220 000 €. Dès lors, la durée d’amortissement est de trente ans (le surcoût de 20 000 € divisé par les 650 € d’économies annuelles).
Dans le cas de la maison passive, le surcoût initial est de 20 %, soit un coût de revient à 240 000 €. Il faudra donc quarante-quatre ans pour amortir cet investissement (le surcoût de 40 000 € divisé par les 900 € d’économies annuelles).
 
Grâce à une conception intelligente de l’isolation, de l’énergie et de la ventilation, la maison passive est un concept écologique et économique qui connaît une forte croissance. Imaginez une maison parfaitement isolée, comme recouverte d’un manteau toute l’année. En hiver, l’ensoleillement et la chaleur rejetée par les habitants suffisent à chauffer l’intérieur. En été, l’isolation protège de la chaleur. C’est l’idée de la maison passive. Pourquoi passive ? Parce qu’elle présente une forte inertie et autogénère son énergie.
 
Une norme exigeante
Le concept trouve son origine dans le mouvement des Baukünstler, les « artistes de la construction », en Autriche dans les années 1960. Dans les années 1990, les expériences menées en Allemagne aboutissent à la création du label PassivHaus : la consommation doit être inférieure à 15 kWh par mètre carré et par an pour le chauffage et à 50 kWh par mètre carré et par an pour la consommation totale d’énergie primaire. En comparaison, les logements classiques en France nécessitent en moyenne 130 kWh. Le label inclut aussi un test d’étanchéité à l’air, preuve d’une isolation parfaite.
 
Les principes techniques
L’isolation est le principe de base. Une attention particulière doit être portée à la suppression du passage de la chaleur par des points particuliers appelés « ponts thermiques » : ceux qui favorisent les pertes, souvent à la jonction de deux parois. Pour les portes et fenêtres, le recours au triple vitrage est souvent nécessaire. Le second point important concerne la ventilation et l’étanchéité. Pour supprimer les pertes de chaleur, on doit éviter tout passage d’air grâce à une ventilation contrôlée. La maison passive est le plus souvent équipée d’une
ventilation dite à double flux (les flux entrant et sortant passent par le système de ventilation) avec échangeur de chaleur. Ce système doit récupérer plus de 75 % de la chaleur de l’air sortant pour la communiquer à l’air entrant. 
 
Avantages et impacts
 Ce type de construction présente bien des avantages : économies de chauffage, meilleur confort thermique et excellente qualité de l’air. Chauffer moins entraîne aussi une baisse de la pollution due aux énergies fossiles. Enfin, le concept bouleverse la manière de construire et enclenche des démarches écoresponsables. On peut citer la Maison Kokoon, un modèle de maison passive à ossature, bardage et menuiserie bois. Cette filiale du constructeur vosgien Gico a été distinguée pour ses habitations à moins de 100 000 €, esthétiques, écologiques et faciles à mettre en oeuvre.
 
La maison du futur ?
Bioclimatique et intégrant un maximum de ressources naturelles, la maison Kokoon peut capter le rayonnement solaire, stocker l’énergie, distribuer la chaleur et assurer la régulation. Elle est équipée d’une ventilation à double flux qui récupère la chaleur de l’air émis par la respiration des occupants pour réchauffer l’air entrant à moindre coût. L’isolation est réalisée à partir de fibres de bois et de laine de chanvre. De forme cubique, Kokoon se distingue par son volume compact qui permet d’éviter les déperditions de chaleur en offrant un maximum d’espace habitable et un minimum de parois. Kokoon est la preuve que ce type de construction relève les défis contemporains : une meilleure intégration de la consommation d’énergie, des recherches technologiques abouties et une esthétique novatrice.
 
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